{"id":1906,"date":"2026-06-07T13:10:14","date_gmt":"2026-06-07T11:10:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.gosseyn.net\/?p=1906"},"modified":"2026-06-07T20:02:34","modified_gmt":"2026-06-07T18:02:34","slug":"playtime-le-chef-doeuvre-de-tati-qui-nous-renvoie-a-la-societe-moderne-actuelle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.gosseyn.net\/index.php\/2026\/06\/playtime-le-chef-doeuvre-de-tati-qui-nous-renvoie-a-la-societe-moderne-actuelle\/","title":{"rendered":"Playtime, le chef-d&rsquo;\u0153uvre de Tati qui nous renvoie \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 moderne actuelle."},"content":{"rendered":"\n<p>Il y a quelques ann\u00e9es, j&rsquo;achetai un <em>bluray<\/em> en promo du film Playtime, de Jacques Tati, sorti en 1967. Passent ces quelques ann\u00e9es sans que j&rsquo;ins\u00e8re le disque dans ma platine, remettant toujours le visionnage \u00e0 plus tard. Ces derniers mois, je trouvais rarement le temps, accabl\u00e9 de travail, de regarder des films, que ce soit au cin\u00e9ma ou m\u00eame chez moi. Mais ce samedi, je d\u00e9cidai, pour f\u00eater le changement de la lampe de notre projecteur, de me projeter le film, dont j&rsquo;avais des images en t\u00eate, vues il y a longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p>Les premi\u00e8res images montrent un a\u00e9roport moderne, tout gris et m\u00e9tallique, froid, cens\u00e9 \u00eatre l&rsquo;a\u00e9roport de Paris Orly. Des plans fixes, assez longs, avec peu de personnages, puis l&rsquo;a\u00e9roport s&rsquo;anime et de mani\u00e8re tr\u00e8s millim\u00e9tr\u00e9e apparaissent des personnages divers, dans le cadre du plan, toujours fixe. Les angles de prise de vue varient, mais chaque action est pr\u00e9cise et ce afin que chaque geste ait son importance dans la sc\u00e8ne et vienne d\u00e9ranger ce calme apparent, ce silence initial. Le calme froid et gris de cet a\u00e9roport est vite troubl\u00e9 par une s\u00e9rie de petits \u00e9v\u00e8nements li\u00e9s \u00e0 des personnages qui arrivent dans le plan comme autant d&rsquo;acteurs qui entrent sur la sc\u00e8ne d&rsquo;un th\u00e9\u00e2tre. Chaque s\u00e9quence saisit en plan large tous les d\u00e9tails que le r\u00e9alisateur y a plac\u00e9s. Rien n&rsquo;\u00e9chappe au spectateur qui doit pourtant rester vigilant, car jamais la cam\u00e9ra ne zoome sur un personnage ou ne montre un sujet en particulier.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"575\" src=\"https:\/\/www.gosseyn.net\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Playtime_scene_airport-1024x575.png\" alt=\"Plan fixe d'introduction de la partie &quot;A\u00e9roport&quot; du film Playtime\" class=\"wp-image-1910\" srcset=\"https:\/\/www.gosseyn.net\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Playtime_scene_airport-1024x575.png 1024w, https:\/\/www.gosseyn.net\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Playtime_scene_airport-300x169.png 300w, https:\/\/www.gosseyn.net\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Playtime_scene_airport-768x431.png 768w, https:\/\/www.gosseyn.net\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Playtime_scene_airport-1200x674.png 1200w, https:\/\/www.gosseyn.net\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Playtime_scene_airport.png 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 709px) 85vw, (max-width: 909px) 67vw, (max-width: 1362px) 62vw, 840px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Plan fixe d&rsquo;introduction de la partie \u00ab\u00a0A\u00e9roport\u00a0\u00bb du film Playtime<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Alors que l&rsquo;a\u00e9roport s&rsquo;anime, une troupe de touristes femmes am\u00e9ricaines d\u00e9barque et suit son guide, dans l&rsquo;espoir de visiter Paris. De Paris, elles ne verront qu&rsquo;une ville moderne et froide, acquise \u00e0 l&rsquo;automobile, compos\u00e9e de tours de verre et d&rsquo;acier, de trottoirs de bitume. Il se d\u00e9tache le personnage de Barbara, qui parmi ce groupe d&rsquo;Am\u00e9ricaines un peu m\u00e9m\u00e8res, est montr\u00e9e d\u00e8s le d\u00e9part comme une jeune femme ind\u00e9pendante et pas moutonni\u00e8re, qui ne suit pas aveugl\u00e9ment le guide et semble d\u00e9sirer voir ce qu&rsquo;on ne veut pas lui montrer.<\/p>\n\n\n\n<p>Jacques Tati r\u00e9alise ainsi son 4<sup><sub>\u00e8me<\/sub><\/sup> long m\u00e9trage (il n&rsquo;en fera que 6), apr\u00e8s <em>Jour de f\u00eate<\/em>, <em>Les vacances de M. Hulot<\/em>, et <em>Mon Oncle<\/em>. Il mettra 3 ans \u00e0 pr\u00e9parer et tourner ce film, entre 1964 et 1967, ce qui lui co\u00fbtera sa soci\u00e9t\u00e9 de production Specta Films, ainsi que les droits de ses films, ayant d\u00e9pens\u00e9 beaucoup d&rsquo;argent pour cr\u00e9er l&rsquo;univers unique de <em>Playtime<\/em>, qui n&rsquo;a pas eu le succ\u00e8s en salle attendu. Si le d\u00e9cor urbain du film, s&rsquo;inspire fortement de La D\u00e9fense, ville nouvelle aux portes de Paris, \u00e9rig\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 60, elle est en fait mont\u00e9e de toutes pi\u00e8ces par Tati sur un terrain jouxtant les studios de cin\u00e9ma de Joinville Le Pont. Ces travaux titanesques donneront naissance \u00e0 une ville miniature, nomm\u00e9e \u00ab\u00a0Tativille\u00a0\u00bb, et au d\u00e9cor qui donnera une partie de son \u00e2me au film.<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me partie de Playtime se d\u00e9roule au sein d&rsquo;un immeuble de bureaux de Tativille et introduit le personnage de M. Hulot, interpr\u00e9t\u00e9 par Jacques Tati, issu de ses pr\u00e9c\u00e9dents films <em>Les vacances de M. Hulot<\/em> et <em>Mon oncle<\/em>. M. Hulot est la personnification de Tati \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran, Tati en tant qu&rsquo;acteur, comme il aime se mettre en sc\u00e8ne lui-m\u00eame. Personnage burlesque, quasiment mutique, sympathique et un peu maladroit, souvent peu chanceux, \u00e0 l&rsquo;instar de Charlot et de Buster Keaton, alliant le geste \u00e0 la non-parole. Chic et habill\u00e9 avec soin, avec son \u00e9ternel chapeau bien reconnaissable, et ses chaussettes en tweed, Hulot d\u00e9note n\u00e9anmoins de tous ces cadres d&rsquo;entreprise v\u00eatus de gris, et s&rsquo;accordant avec le gris des bureaux et de la ville. Dans l&rsquo;immensit\u00e9 de ses bureaux de verre, Hulot se perd et cherche sans cesse avec qui parler. Dans cette partie, Tati aborde le monde des affaires et l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 des lieux de travail modernes. Il invente l&rsquo;<em>open space<\/em> avant l&rsquo;heure, dans lequel tout le monde se croise, mais personne n&rsquo;arrive \u00e0 communiquer. On notera par ailleurs que pendant tout le film, on aper\u00e7oit des faux \u00ab\u00a0M. Hulot\u00a0\u00bb, qui lui ressemblent un peu : au d\u00e9but, parce qu&rsquo;on s&rsquo;attend \u00e0 son apparition, mais qu&rsquo;on ne le voit pas, seulement des personnages qui pourraient \u00eatre lui, mais qui ne le sont pas, et ensuite, encore des faux Hulot parce que certains le cherchent et ne le trouvent pas, seulement son double.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/www.gosseyn.net\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Playtime_scene_openspace-1024x576.jpeg\" alt=\"Playtime, sc\u00e8ne de l'open space, o\u00f9 Hulot contemple de haut les bureaux carr\u00e9s et ouverts o\u00f9 une multitude de gens se parlent sans jamais se voir.\" class=\"wp-image-1911\" srcset=\"https:\/\/www.gosseyn.net\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Playtime_scene_openspace-1024x576.jpeg 1024w, https:\/\/www.gosseyn.net\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Playtime_scene_openspace-300x169.jpeg 300w, https:\/\/www.gosseyn.net\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Playtime_scene_openspace-768x432.jpeg 768w, https:\/\/www.gosseyn.net\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Playtime_scene_openspace-1536x864.jpeg 1536w, https:\/\/www.gosseyn.net\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Playtime_scene_openspace-1200x675.jpeg 1200w, https:\/\/www.gosseyn.net\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Playtime_scene_openspace.jpeg 1600w\" sizes=\"auto, (max-width: 709px) 85vw, (max-width: 909px) 67vw, (max-width: 1362px) 62vw, 840px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Playtime, sc\u00e8ne de l&rsquo;open space, o\u00f9 Hulot contemple de haut les bureaux carr\u00e9s et ouverts o\u00f9 une multitude de gens se parlent sans jamais se voir.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Tati a choisi le 70 mm pour filmer Playtime, un format de pellicule assez peu utilis\u00e9 par les films fran\u00e7ais et assez peu utilis\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral, mais qui rend bien le caract\u00e8re grandiose du d\u00e9cor et tous ses d\u00e9tails, particuli\u00e8rement bien travaill\u00e9s par Tati, que son \u00e9quipe avait surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0Tatillon\u00a0\u00bb. On note \u00e9galement que l&rsquo;omnipr\u00e9sence du gris donne un aspect noir et blanc au film, qui rappelle son premier film, <em>Jour de F\u00eate<\/em>, dont une version couleur (coloris\u00e9e) sortira plus tard. Donc, le noir et blanc domine dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du film, mais l&rsquo;ambiance va se colorer un peu plus tard. Sociologiquement parlant, les bureaux symbolisent ici le monde des affaires, la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9conomique moderne, le commerce mondial, et les classes dominantes.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la 3<sub>\u00e8me<\/sub> partie de Playtime, les personnages de Hulot et de Barbara vont d\u00e9ambuler dans le m\u00eame espace mais sans jamais se rencontrer. Jouxtant le monde des bureaux et des affaires, dans le m\u00eame type d&rsquo;immeubles d&rsquo;acier et de verre, se trouvent les expositions des inventions, avec leur fantaisie de nouveaux produits innovants, \u00e0 travers lesquels Tati se moque de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation et de la promotion de l&rsquo;inutile progr\u00e8s. Les touristes am\u00e9ricaines, dont on apprendra qu&rsquo;elles \u00e9taient interpr\u00e9t\u00e9s par des actrices non professionnelles, qui \u00e9taient des femmes de militaires am\u00e9ricains bas\u00e9s en France et qui n&rsquo;avaient pas le droit de travailler, d\u00e9ambulent dans ces espaces d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la consommation, qu&rsquo;on leur pr\u00e9sente comme \u00e9tant le vrai Paris. Au milieu de cet oc\u00e9an de verre au c\u0153ur duquel on ne peut contempler que des tours et des automobiles, Barbara tire une porte vitr\u00e9e sur laquelle se refl\u00e8te soudainement la Tour Eiffel, qui ne sera pourtant jamais ni approch\u00e9e ni visit\u00e9e. M\u00eame si la localisation de cette ville moderne n&rsquo;est jamais pr\u00e9cis\u00e9e, on voit passer des bus sur lesquels sont inscrites les directions \u00ab\u00a0Champs-\u00c9lys\u00e9es\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0H\u00f4tel de Ville\u00a0\u00bb, lieux de la capitale qui ne seront jamais montr\u00e9s dans le film, mais qui laissent \u00e0 penser que l&rsquo;axe de circulation est bien celui qui relie La D\u00e9fense au centre de Paris, en passant par la Place de l&rsquo;\u00c9toile et l&rsquo;Avenue des Champs-\u00c9lys\u00e9es. Tati expliquera qu&rsquo;il ne lui \u00e9tait pas possible de filmer en ville, que c&rsquo;\u00e9tait trop compliqu\u00e9. Mais disposer d&rsquo;une fausse ville construite de toutes pi\u00e8ces \u00e9tait tellement plus fort, au niveau symbolique et po\u00e9tique, que de tourner dans une vraie ville. Tati pouvait montrer cette ville comme il l&rsquo;imaginait et non comment elle \u00e9tait r\u00e9ellement. La libert\u00e9 de l&rsquo;auteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la 4<sub>\u00e8me<\/sub> partie de Playtime, M. Hulot, qui n&rsquo;arr\u00eate pas de rencontrer des anciens compagnons de r\u00e9giment (Tati fut mobilis\u00e9 en 39-40), rejoint une de ses connaissances qui a r\u00e9ussi dans les affaires, \u00e0 son domicile, dans un immeuble du m\u00eame style moderne que ceux pr\u00e9sent\u00e9s dans les parties pr\u00e9c\u00e9dentes. La sc\u00e8ne est enti\u00e8rement muette car film\u00e9e depuis l&rsquo;ext\u00e9rieur du <em>building<\/em>. On y voit l&rsquo;int\u00e9rieur complet de la pi\u00e8ce de vie des appartements \u00e0 travers une immense baie vitr\u00e9e. Rien n&rsquo;est cach\u00e9 des int\u00e9rieurs et de la vie intime des habitants. Ici, Tati illustre la mise en sc\u00e8ne des existences, la consommation ostentatoire et l&rsquo;uniformisation de l&rsquo;habitat citadin. Nous ne sommes pas loin des r\u00e9seaux sociaux d&rsquo;aujourd&rsquo;hui o\u00f9 chacun peut filmer et montrer \u00e0 tout le monde sa vie et celle de sa famille.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"551\" src=\"https:\/\/www.gosseyn.net\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Playtime_scene_appartment-1024x551.webp\" alt=\"Playtime : sc\u00e8ne de l'appartement. Hulot visite un ex-camarade de r\u00e9giment ayant r\u00e9ussi dans les affaires, dans son appartement, visible de l'ext\u00e9rieur de l'immeuble \u00e0 travers une immense baie vitr\u00e9e. Rien de l'intime des habitants n'est donc invisible de l'ext\u00e9rieur.\" class=\"wp-image-1914\" srcset=\"https:\/\/www.gosseyn.net\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Playtime_scene_appartment-1024x551.webp 1024w, https:\/\/www.gosseyn.net\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Playtime_scene_appartment-300x162.webp 300w, https:\/\/www.gosseyn.net\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Playtime_scene_appartment-768x413.webp 768w, https:\/\/www.gosseyn.net\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Playtime_scene_appartment-1200x646.webp 1200w, https:\/\/www.gosseyn.net\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Playtime_scene_appartment.webp 1276w\" sizes=\"auto, (max-width: 709px) 85vw, (max-width: 909px) 67vw, (max-width: 1362px) 62vw, 840px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Playtime : sc\u00e8ne de l&rsquo;appartement. <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Dans la 5\u00e8me partie de Playtime, \u00ab\u00a0Le Royal Garden\u00a0\u00bb, tout s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re et le monde de la f\u00eate fait irruption dans cet univers trop aseptis\u00e9. Barbara, la jeune touriste am\u00e9ricaine non conformiste se retrouve dans ce restaurant, dont les travaux ne semblent pas compl\u00e8tement achev\u00e9s. Hulot, lui, est reconnu par le portier, un ancien camarade de l&rsquo;arm\u00e9e, qui l&rsquo;invite \u00e0 entrer dans l&rsquo;\u00e9tablissement. Tout le monde se m\u00eale et ce qui devait \u00eatre une soir\u00e9e chic et ambianc\u00e9e se transforme vite en joyeux bordel o\u00f9 rien ne se passe comme pr\u00e9vu. Dans cette s\u00e9quence, qui est mise en parall\u00e8le avec les parties pr\u00e9c\u00e9dentes du film, Tati fait entrer en sc\u00e8ne les \u00ab\u00a0petits\u00a0\u00bb, les employ\u00e9s, la classe ouvri\u00e8re, et les m\u00e9lange avec les bourgeois et les affairistes. Progressivement, la f\u00eate populaire et endiabl\u00e9e va gagner sur la ville moderne triste et grise, et les touristes, confin\u00e9s \u00e0 une version tr\u00e8s encadr\u00e9e de la France et de Paris, vont en d\u00e9couvrir la version populaire, le vrai Paris d&rsquo;origine, mais hors de Paris. La nuit de folie se terminera au drugstore, sorte de version modernis\u00e9e du bar de quartier, o\u00f9 vont se m\u00e9langer toutes les classes sociales.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette partie est sans doute celle qui peut le plus \u00eatre mise en parall\u00e8le avec le monde du XXI\u00e8me si\u00e8cle, et le Paris moderne, comme l&rsquo;est par exemple le quartier de la Grande Biblioth\u00e8que, dans le 13<sub>\u00e8me<\/sub> arrondissement, un agglom\u00e9rat de tours de verre au bas desquelles ne subsistent que des enseignes sans \u00e2me, des fast-foods ou des <em>food concepts<\/em> cent fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9s. Exit les petits restaurants et bars de quartier, fr\u00e9quent\u00e9s par la \u00ab\u00a0populace\u00a0\u00bb du vieux Paris. Tati \u00e9tait donc vraiment visionnaire lorsqu&rsquo;il a r\u00e9alis\u00e9 Playtime, pr\u00e8s de 40 ans avant notre \u00e8re, mais il avait vu quel type d&rsquo;habitat on allait tenter de nous imposer, ce qu&rsquo;allait devenir le monde moderne. C&rsquo;est ce qui m&rsquo;a le plus frapp\u00e9 dans ce film, et je trouve que cette s\u00e9quence, ainsi que la derni\u00e8re, celle du \u00ab\u00a0carrousel\u00a0\u00bb, rattachent vraiment Playtime \u00e0 Jour de F\u00eate, que j&rsquo;ai regard\u00e9 de nombreuses fois, et que je consid\u00e8re \u00e9galement comme un chef-d&rsquo;\u0153uvre et une repr\u00e9sentation, id\u00e9alis\u00e9e sans doute, de la France populaire.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 <em><a href=\"https:\/\/jacques-tati.com\/fmo\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Les Films de Mon Oncle<\/a><\/em>, cr\u00e9\u00e9e par J\u00e9r\u00f4me Deschamps, Macha Make\u00efeff, et Sophie Tatischeff, fille de Jacques Tati, qui rach\u00e8te les droits des films, que l&rsquo;on peut b\u00e9n\u00e9ficier de versions restaur\u00e9es, en DVD et aussi en bluray, des films de Jacques Tati, et notamment de Playtime. Si ce dernier, \u00e9chec commercial \u00e0 sa sortie, a co\u00fbt\u00e9 \u00e0 Tati sa soci\u00e9t\u00e9 de production, la maison de sa m\u00e8re et les droits de ses films, son \u0153uvre est maintenant mise \u00e0 l&rsquo;honneur. Le film fut projet\u00e9 au festival de Cannes en 2002, apr\u00e8s sa restauration.<\/p>\n\n\n\n<p>Playtime, un chef-d&rsquo;\u0153uvre visionnaire, vraiment \u00e0 part, avec une photo et une r\u00e9alisation remarquables, est une \u0153uvre de cin\u00e9ma au sens fort, mal re\u00e7ue \u00e0 sa sortie. Alors \u00e9videmment, le film souffre de quelques d\u00e9fauts, notamment de quelques longueurs. A l&rsquo;origine, devant durer pr\u00e8s de 3h, il fut, du reste, r\u00e9duit \u00e0 un montage de 2h33 puis de 2h15. La version restaur\u00e9e et pr\u00e9sent\u00e9e sur le bluray ne dure que 2h04 en raison de la perte des n\u00e9gatifs de plusieurs sc\u00e8nes. Mais Playtime est plus proche d&rsquo;une \u0153uvre d&rsquo;art que d&rsquo;un objet de pur divertissement \u2014 pourtant, on y rit quelquefois, au gr\u00e9 de s\u00e9quences humoristiques et burlesques et de l&rsquo;attitude du personnage, l&rsquo;\u00e9ternel M. Hulot, bien \u00e9loign\u00e9 de l&rsquo;\u00e9poque dans laquelle il \u00e9volue.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour en savoir plus : <\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Playtime_(film)\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Playtime_(film)\">Fiche Wikip\u00e9dia <\/a><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Playtime_(film)\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Playtime_(film)\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">du<\/a><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Playtime_(film)\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Playtime_(film)\"> <\/a><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Playtime_(film)\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Playtime_(film)\">film<\/a> et celle de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jacques_Tati\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jacques_Tati\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Jacques Tati<\/a>.<\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/www.intjournal.com\/0912\/playtime\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.intjournal.com\/0912\/playtime\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Analyse du film sur Interiors<\/a> (en anglais)<\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/www.francesoir.fr\/opinions-tribunes\/playtime-1967-de-jacques-tati\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.francesoir.fr\/opinions-tribunes\/playtime-1967-de-jacques-tati\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Article sur France-Soir<\/a>, sorti pour la restauration du film.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a quelques ann\u00e9es, j&rsquo;achetai un bluray en promo du film Playtime, de Jacques Tati, sorti en 1967. Passent ces quelques ann\u00e9es sans que j&rsquo;ins\u00e8re le disque dans ma platine, remettant toujours le visionnage [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1918,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,5],"tags":[59,278,275,277,73,276],"class_list":["post-1906","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-article","category-humeur","tag-cinema","tag-critique","tag-film","tag-jacques-tati","tag-paris","tag-playtime"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.gosseyn.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1906","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.gosseyn.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.gosseyn.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.gosseyn.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.gosseyn.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1906"}],"version-history":[{"count":42,"href":"https:\/\/www.gosseyn.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1906\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1973,"href":"https:\/\/www.gosseyn.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1906\/revisions\/1973"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.gosseyn.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1918"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.gosseyn.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1906"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.gosseyn.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1906"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.gosseyn.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1906"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}